Interview de Dk Ange, fondatrice du mouvement « Osez le foulard » : « La confiance en soi est primordiale et je veux que les femmes noires s’acceptent et apprennent à s’aimer . »

J’ai toujours été une grande amoureuse du foulard. Petite, j’aimais admirer ma mère le porter telle une reine arborant sa couronne. En grandissant, j’ai commencé à le porter et à comprendre à quel point il était un symbole puissant de la féminité et de la beauté de la femme africaine. Alors quand j’ai entendu parler du mouvement « Osez le foulard », je m’y suis tout de suite intéressée et j’ai voulu en savoir un peu plus en rencontrant sa fondatrice Dk Ange.

Afrofeminista : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Dk Ange : Je m’appelle Dk Ange, je suis originaire du Rwanda et je suis PR et Social Media Manager. Je suis une grande amoureuse de l’Afrique, de sa beauté et tout ce qui touche aux femmes africaines. Mon but avec mes projets est de démontrer que les femmes africaines sont fortes, belles et capables de beaucoup de choses.

Je veux pouvoir les mettre en avant  car je trouve que les femmes africaines ne sont pas assez visibles et représentées.
Afrofeminista : Tu es la fondatrice du mouvement « Osez le foulard ». Peux-tu expliquer en quoi cela consiste et le but du mouvement ?

Dk Ange : « Osez le foulard » est un mouvement qui consiste à promouvoir la beauté des femmes africaines. J’ai appelé ce mouvement ainsi car mon but est de m’adresser aux femmes africaines pour qu’elles assument leur beauté et qu’elles prennent confiance en elles. « Osez le foulard » a débuté à Paris par des ateliers d’attaché le foulard. Au début, il n’y avait que quelques personnes et au fil des éditions, l’évènement a connu de plus en plus de succès. D’ailleurs, à la dernière édition, la chaîne France 24 est venu et a fait un sujet sur l’évènement . Nous organisons également des ateliers à Bruxelles dont le prochain aura lieu le 10 mai.

Afrofeminista : Tu as récemment lancé un campagne nommée « Mwakimazi ». peux-tu nous en dire quelques mots ?

Dk Ange : Mwakimazi signifie en kinyarwanda « reine ». Le but est de réveiller est la reine qui sommeille en chaque femme. Pour cette campagne, j’ai eu la chance de collaborer avec le photographe Mario Epanya qui a su apporter une valeur ajoutée au projet.

 Afrofeminista :  As-tu fait appel à des modèles professionnels ?

Dk Ange : Non. J’ai choisi moi-même mes modèles car voulais des femmes dans lesquelles toutes les femmes pourraient se reconnaitre. J’avais remarqué que les mannequins noirs avaient souvent le même profil, ce qui est normal car il y a des codes dans le monde de la mode mais pour cette campagne je voulais que des modèles auxquelles toutes les femmes peuvent s’identifier. J’ai donc lancé un casting sur Instagram et Facebook et j’ai reçu plus de 60 candidatures. Parmi celles-ci, j’ai dû en choisir que 6. Ce sont des jeunes femmes ordinaires, qui aiment l’Afrique et qui voulaient apporter leurs pierres à l’édifice en adhérant au mouvement.

Afrofeminista : Pourquoi avoir choisi le foulard comme thème de tes ateliers ?

Dk Ange : Pour moi, le foulard représente une couronne que porte une reine. C’est dans cet accessoire que je puise ma force et mon courage. J’ai commencé à porter le foulard il y a 4 ans, je m’y suis intéressée car quelques personnes autour de moi le portaient, principalement des musulmanes. Puis, plusieurs personnes dans mon entourage ont commencé à me poser des questions à ce sujet et c’est de là qu’est venue l’idée de faire un atelier d’attaché de foulard.

J’ai également choisi le foulard car mon but est de faire découvrir l’Afrique à travers un accessoire en y apportant ma touche. Je pense tout le monde peut s’identifier au foulard et qu’il peut être porté par un grand nombre de personnes à travers le monde.
Il faut savoir qu’en Afrique, le foulard n’a pas la même signification ou la même importance dans tous les pays. Par exemple, au Rwanda, dont je suis originaire, le foulard ne fait pas partie intégrante de notre culture. Il arrive que des femmes le portent occasionnellement pour chercher de l’eau au puits mais il n’a pas la même signification que le gele au Nigeria par exemple, qui est attaché différemment en fonction des occasions.
Afrofeminista : Le foulard est-il pour toi un marqueur identitaire ? Une manière de revendiquer son africanité?
Absolument pas. Pour moi, le foulard est avant tout un accessoire. Il n’y a aucune revendication de ma part dans le fait de porter le foulard.
Afrofeminista : L’image de la femme noire en Europe est négative. En quoi le port du foulard peut impacter positivement l’image de la femme noire sur elle-même ainsi que le regard des autres sur elle ?

Dk Ange : Pour moi, le foulard apporte un côté majestueux à la femme. Je trouve que cet accessoire est classe et distingué. Il faut oser, prendre des risques. En tant que femmes noires, nous sommes différentes et nous devons assumer cette différence.

Nous avons tendance à vouloir ressembler au standard de beauté européen car c’est celui qu’on nous impose. Pour moi, cela n’a pas de sens car les Européennes sont belles à leur manière et nous sommes belles à notre manière. Nous devons assumer qui nous sommes, notre beauté et notre culture. Pour cela, l’instruction et le savoir sont très importants car c’est en connaissant son histoire qu’on trouve de quoi être fière de ce que l’on est. C’est ce qui construit l’être humain. Quand tu ne connais pas ton histoire, tu ne peux pas te construire.
Afrofeminista : L’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a déclaré lors d’une interview en parlant du cheveux afro « Hair is political ». Qu’en penses-tu ? 

Dk Ange : Je suis d’accord. Il y a un code de beauté européen qui nous a été imposé pendant des siècles et nous avons été considérées comme non belles car on se conformait pas à ce standard. Donc aujourd’hui le fait de s’affirmer et assumer qui l’on est sans vouloir ressembler à tout prix au standard imposé, c’est d’une certaine manière politique car c’est aller à contrecourant de ce que la société nous dicte.

Aujourd’hui, je me promène avec un foulard dans la rue et je vois parfois certains regards et ça ne m’affecte pas car je suis très à l’aise avec qui je suis.  Je regardais il y a peu une interview du chanteur Akon sur la chaîne Al Jazeera qui parlait de son expérience d’Africain ayant grandi aux USA. Il disait que nous, Africains, on est différents et que si nous arrivons en voulant singer les Européens, les gens seront surpris car ils se poseront la question de savoir pourquoi nous ne nous assumons pas et voulons absolument leur ressembler. Ils n’éprouverons aucun intérêt envers ce genre de personnes car elles sont « vides ». Or lorsqu’on s’assume et qu’on est fier de sa culture, on attire l’attention des gens certes mais également ça permet aux autres également de poser des questions et d’apprendre. Il peut y a voir des moqueries et tant pis car le plus important c’est l’acceptation de soi.
C’est ça le message que je veux faire passer avec mes projets. La confiance en soi est primordiale et je veux que les femmes noires s’acceptent et apprennent à s’aimer . Il y a une phrase que j’aime beaucoup « Be your own kind of beautiful » qui résume à elle seule ma  vision de la beauté et de l’acceptation de soi.
L’évènement « Osez le Foulard aura lieu à Bruxelles ce  dimanche10 mai. Pour plus d’infos, connectez-vous sur la page Facebook du mouvement.
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