Black Panther, le film qui redonne leurs lettres de noblesse aux femmes noires.

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Wakanda Forever ! Eh oui, moi aussi j’ai été prise par l’engouement autour du film Black Panther. La superproduction Marvel qui met à l’honneur le premier superhéros noir est déjà rentrée dans l’histoire en battant tous les records d’entrée à travers le monde. Black Panther est devenu un vrai phénomène !

Je l’ai vu le week-end dernier et je n’ai pas été déçue ! Bien sûr, on peut formuler des critiques sur l’une ou l’autre chose mais globalement le réalisateur Ryan Googler a réussi sa mission de faire de Black Panther un film iconique et inspirant pour toute une génération d’afrodescendants. Selon moi, le succès du film repose sur son impact en termes de représentations pour les Noirs. En effet, comme j’en ai parlé dans un post sur Facebook, Black Panther permet aux jeunes générations d’avoir des rôles modèles positifs particulièrement les jeunes filles. En effet, Black Panther se distingue d’autres productions de la même envergure par la place importante occupée par les femmes. T’Challa est sans doute le roi du Wakanda mais les vraies héroïnes de Black Panther sont Shuri, Ramonda, Nakia et Okoye !

Quatre femmes noires qui brisent tous les stéréotypes et les clichés. Quatre femmes noires puissantes, indépendantes et courageuses. C’est la première fois qu’une production cinématographique mainstream dépeint des femmes noires avec un tel niveau de pouvoir, d’assurance et de confiance. Dans une société où l’image de la femme est encore l’objet de stéréotypes et de représentations hérités du colonialisme et de l’esclavage, c’est carrément révolutionnaire et cela à plusieurs niveaux.

2. Au niveau esthétique.

Les quatre héroïnes  de Black Panther ont  la peau noire foncée. Ce n’est pas anodin. C’est une image forte dans une société coloriste qui a longtemps privilégié les femmes noires à la peau claire et ostracisé celles qui ne correspondaient pas à ce critère de beauté. Par ailleurs, elles arborent leurs cheveux crépus et des coiffures africaines. Dans une société dans laquelle les femmes noires sont marginalisées et moquées pour leurs chevelures ou leurs coiffures qu’on affuble de noms désobligeants, le fait de voir ces quatre femmes porter avec grâce et fierté leurs cheveux et coiffures est fort symboliquement. Cela participe à permettre aux femmes noires de se réapproprier leur beauté et leurs caractéristiques physiques.

La question du cheveu est abordée aussi sous un autre angle. Le personnage d’Okoye a le crâne rasé. Il faut savoir que dans de nombreux peuples en Afrique, les femmes ont le crâne rasé comme par exemple chez les Kikuyu au Kenya. Cependant, le cheveu long est intrinsèquement lié à la féminité dans l’imaginaire collectif. Cette représentation véhicule le message que la féminité n’est pas conditionnée par la longueur du cheveu. D’ailleurs la scène de combat d’Okoye avec sa perruque, qui est devenue virale sur les réseaux sociaux, est drôle mais également très forte en terme d’image.

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2. Au niveau de l’empowerment.

Shuri, Ramonda, Nakia et Okoye sont des femmes fortes, combattantes et indépendantes. Elles sont aux côtés de T’Challa dans son combat mais elles restent des femmes autonomes avec leur personnalité propre.

Nakia est espionne pour le royaume du Wakanda, elle se consacre à l’humanitaire. Elle souhaite parcourir le monde pour aider les plus démunis. Elle est aussi l’ex petite amie du héros mais elle ne définit pas par rapport à sa relation avec T’Challa.

Ramonda, la mère de T’Challa. Protectrice et maternelle, elle incarne la voix de raison. Elle conseille et guide son fils dans sa mission.

Shuri est la princesse geek. Drôle et protectrice envers son grand frère, elle a un caractère bien trempé et s’éloigne de l’image policée habituelle des princesses Disney.

Okoye (qui est mon personnage préféré) est le général des Dora Milaje, une armée de femmes qui n’est pas sans rappeler les Amazones du Dahomey. C’est une guerrière forte, combative et surtout loyale envers son royaume.

Avec leurs personnalités différentes, elles représentent la multidimensionalité des femmes noires. On a tendance à nous enfermer dans des cases et dans des préjugés qui nous dénient le droit à l’individualité. Nous sommes multiples, plurielles et diverses. Nous sommes des mères, des filles, des sœurs, des geek, des combattantes,…. et tout ce que nous sommes n’est pas un frein à notre ambition et à nos réalisations personnelles. Shuri, Ramonda, Nakia et Okoye le démontrent parfaitement ! Elles ne sont pas des demoiselles en détresses, elles n’ont pas besoin d’être sauvées. Elles se suffisent à elles-mêmes. Elles sont les maîtresses de leur propre destin.

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  1. Au niveau des relations de genre.

Les femmes du Wakanda sont puissantes, fortes et autodéterminées. Elles vivent auprès d’hommes notamment le roi T’Challa sans que cela ne pose de problème. Ce dernier ne sent pas menacé par le pouvoir de Shuri, Ramonda, Nakia et Okoye . La force de ces femmes n’est pas mise en opposition avec celle de T’Challa. Il n’est pas moins homme parce que ces femmes ont du pouvoir.

Cela démontre plusieurs choses. Premièrement, que cette idée reçue qui consiste à dire que le féminisme serait une menace pour la masculinité est complètement fausse. Comme je l’ai dit à de multiples reprises, le féminisme n’est pas une lutte contre les hommes qui aurait pour but de les castrer et de les départir de leur virilité. La lutte féministe combat le système patriarcal et toutes les oppressions qui en découlent et dont les femmes en sont les premières victimes.

Deuxièmement, qu’une société égalitaire est possible sur le continent africain. Comme l’a dit justement Chimamanda Ngozi Adichie dans une interview récente , le féminisme est intrinsèque à l’Afrique et ce n’est pas une importation occidentale comme je l’expliquais ici. D’ ailleurs, Wakanda représente une nation africaine forte, autonome et indépendante. Une Afrique telle qu’elle aurait été sans le colonialisme. Une Afrique « idéale » d’une certaine manière. Dans cette Afrique là, les femmes ont du pouvoir tout comme durant la période précoloniale. Dans les sociétés matriarcales et matrilinéaires de l’époque, les femmes avaient des positions importantes dans leurs communautés. Ce qui contraste fortement avec la situation actuelle.

On peut donc faire un parallèle avec la problématique du genre en Afrique actuellement. Bien qu’il y ait des avancées notables ces dernières années, les discriminations et oppressions à l’égard des femmes persistent. Le message du film est de dire qu’une société africaine forte et évoluée accorde une place de choix aux femmes. Cela conforte mon opinion qui a toujours été dire que l’une des clés du développement du continent africain est la libération des femmes africaines du joug patriarcal. D’ailleurs, Thomas Sankara considérait également que la soumission des femmes était un frein à l’émergence du continent.

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En conclusion, Black Panther est film avec une portée politique et culturelle très forte. Il véhicule un message puissant au niveau de la représentation notamment pour les petites filles noires. Shuri, Ramonda, Nakia et Okoye sont des héroïnes qui permettront à ces filles de se penser et de se définir autrement, en dehors des carcans sociétaux. Elles leur permettront surtout de grandir et d’évoluer en étant fières de ce qu’elles sont et en ne s’excusant pas d’être ce qu’elles sont. C’est très important car dans le monde actuel l’amour de soi d’une femme noire est un acte politique car il s’agit d’aller à l’encontre des préjugés sexistes et racistes tant dans la société occidentale que dans nos propres communautés. Nous avons été tant ostracisées, marginalisées et dévalorisées à travers les siècles. Nous avons tant voulu ressembler à d’autres, effacer ou transformer ce qui faisait notre beauté. Surtout, nous avons oublié notre passé. Ce passé glorieux où nos aïeules, vaillantes et puissantes, ne ressemblaient en rien à l’image de la femme noire qui nous est imposée aujourd’hui  pour tenter de nous oppresser. Ces femmes font partie de notre histoire, elles font partie de nous. Nous devons puiser en elles, dans notre héritage culturel si riche, les outils de notre libération. Nous n’avons pas besoin de chercher ailleurs des modèles pour mener nos luttes. Nous n’avons pas besoin de leçon de féminisme venue d’Occident. Nous nous suffisons à nous-mêmes. Nous avons notre histoire et notre héritage culturel sur lesquels nous appuyer pour nous élever. Nous devons nous les réapproprier et en être fières.

Shuri, Ramonda, Nakia et Okoye ne sont pas simplement des héroïnes fictives. Elles représentent des générations de femmes africaines qui n’ont jamais courbé l’échine devant l’adversité et qui ont tracé le chemin pour nous. Un chemin qui  mène à notre liberté.

 

 

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