#MeToo, #UsToo : Harceleurs/euses, harcelé-e-s, témoins, on ne laisse plus rien passer!

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Jeudi 24 août 2018, j’ai participé à l’Agora des Solidarités dans le cadre du Festival Solidaris à Namur, en Belgique. J’ai été invitée à intervenir dans le cadre du débat sur l’égalité hommes-femmes aux côtés de Marie Arena, députée européenne, Michel Croisé, président de Sodexo Benelux et Lisette Lombé, slalmmeuse afroféministe. 

Voici le contenu de mon intervention : 

Me too. Moi aussi. Ces deux mots sont devenus depuis octobre 2017 le symbole de la libération de la parole des femmes. Suite à l’affaire Weinstein où de nombreuses actrices ont accusé le producteur de viol et d’agressions sexuelles, des milliers de femmes à travers le monde ont utilisé le #metoo sur les réseaux sociaux pour témoigner des violences sexuelles dont elles ont été victimes ainsi que l’omerta dont bénéficient les auteurs de ces agressions. Ce mouvement mondial d’une ampleur jamais vue auparavant a permis de briser la loi du silence et de visibiliser une réalité que certains ne voyaient pas, ne voulaient pas voir ou feignaient de ne pas voir.

Le mouvement #metoo fut salué par de nombreuses personnes, particulièrement dans les milieux féministes qui ont vu l’opportunité de remettre en cause les rapports de domination hommes-femmes dans nos sociétés et de dénoncer la culture du viol et le patriarcat. Cependant, le mouvement a rapidement montré ses limites. En effet, de nombreuses voix se sont élévées pour dénoncer le manque d’inclusivité du mouvement. Le mouvement #metoo fut porté par des actrices, des femmes blanches, aisées et jouissant d’une certaine popularité. De ce fait, de nombreuses femmes n’appartenant pas à ces catégories sociales ne se sont pas reconnues dans le mouvement et se sont senties marginalisées. Ce manque d’inclusivité dans le mouvement #metoo est représentatif du manque d’inclusivité dans le féminisme mainstrream qui peine à traiter des expériences des femmes non blanches, entre autres et qui a tendance à effacer ou minimiser leurs contributions au mouvement féministe. Pour preuve, le mouvement #metoo a été a faussement attribué à Alyssa Milano, une actrice américaine qui a utilisé le # dès le début de l’affaire Weinstein pour dénoncer les violences sexuelles. Pourtant,  c’est Tarana Burke, une activiste afro américaine qui a fondé le mouvement en 2007. Survivant elle-même d’un viol, elle a créé metoo pour permettre aux victimes d’agressions sexuelles de pouvoir parler de leurs expériences et guérir de leurs traumatismes.

Pour en revenir au manque d’inclusivité du mouvement #metoo, pour y remédier Sofia Nelson une actviste afro américaine a créé le #ustoo, qui veut dire nous aussi. Elle a créé cela pour visbiliser les expériences des femmes noires face aux violences sexuelles, à l’intersection de la race et du genre. L’intersectionnalité est un concept sociologique créé par Kimberlé Crenshaw, une féministe afro-américaine qui désigne la situation de personnes qui subissent plusieurs oppressions de manière simultanée. #Ustoo n’a pas été créé en opposition à #metoo. Ce hashtag a été créé pour faire entendre des voix qui sont souvent inaudibles et marginalisées dans le féminisme mainstream.

Toutes les femmes ne sont pas “égales” face au sexisme, aux violences et agressions sexuelles. Certaines femmes, en raison de leur race, de leur religion, de leur classe sociale, de leur orientation sexuelle, subissent des oppressions particulières, spécifiques et différentes des femmes blanches, hétérosexuelles, de classe sociale aisée,etc… Les vécus et expériences de ces femmes doivent être entendues et prises en compte car on ne pourra mettre fin aux violences sexuelles sans écouter les voix TOUTES les femmes.

Le mouvement #metoo concerne TOUTES les femmes mais il concerne également TOUTE la société. Les hommes y compris. Lorsque la vague metoo a déferlé, on a ressenti comme une gêne, un malaise chez certains hommes qui ont senti que “les règles du jeu avaient changé”. On a entendu beaucoup de phrases assez étonnantes telles que “on ne pourra plus draguer” , “c’est la fin de la galanterie” ou encore “c’est le retour du puritanisme”. Si des hommes pensent que si une femme ne veut pas qu’on l’importune de manière déplacée ou qu’on touche son corps sans son consentement, cela veut dire qu’on ne peut plus draguer. Il y a un problème. La société a un problème.

#Metoo a permis aux femmes de parler, de se libérer du poids du silence. Il doit permettre aux hommes également, non pas de sentir menacé, mais de se remettre en question, de faire une introspection sur leurs comportements vis-à-vis des femmes, sur leurs privilèges, sur la manière dont ils se construits en tant qu’hommes, sur la manière dont ils perpétuent directement ou indirectement, volontairement ou involontairement le patriarcat. Les hommes doivent prendre à cette conversation sur les violences faites aux femmes car ils sont aussi concernés. Comme l’a dit si justement l’intellectuelle féministe afro américaine bell hooks dans son essai intitulé “Les hommes : des camarades de lutte” :  “Les hommes doivent assumer leur responsabilité de combattre activement l’oprression sexiste.” Ils ont un rôle fondamental à jouer dans la lutte anti sexiste. Contrairement aux idées reçues, le féminisme n’est pas une lutte anti-hommes. C’est une lutte contre le patriarcat, contre le sexisme, contre la misogynie. Bien qu’ils ne soient pas exploités ni opprimés par le sexime comme les femmes, les hommes subissent aussi dans une moindre mesure bien sûr, les conséquences du patriarcat telles que la masculinité toxique qui les enferment dans des rôles étriqués de mâles dominants et les déshumanisent. Les hommes peuvent être des alliés. Les hommes doivent être des alliés. Ils sont des maris, des pères et des fils. Ils doivent oeuvrer pour leurs filles, leurs mères et leurs femmes afin que celles-ci n’aient jamais à subir de violences et d’agressions sexuelles. Il en va de leur responsabilité. Les hommes font partie du problème mais ils font également partie de la solution.

Pour conclure, le mouvement #metoo n’aura pas été un énième buzz médiatique. Il aura été le catalyseur d’une grande vague de mobilisation internationale contre les violences sexuelles à l’encontre des femmes. En plus de libérer la parole des femmes, #metoo a permis de faire comprendre que les agressions sexuelles ne sont pas uniquement un problème de femmes. C’est un problème de société. Les violences faites aux femmes nous concerne tous et toutes. Il en va de notre responsabilité à chacun et chacune d’oeuvrer pour y mettre fin. Au quotidien. Certains de nos actes, de nos propos, de nos blagues perpétuent l’oppression sexiste. Nous devons nous questionner nous-mêmes et nous demander : “Comment je participe à entretenir le sexisme? comment y remédier?” En disant ces mots, je m’adresse particulièrement aux femmes. Nous sommes des victimes du sexisme mais nous sommes aussi sexistes. Certaines d’entre nous ont intégré les normes du patriarcat et sont des bourreaux envers d’autres femmes. La tribune de Catherine Deneuve et d’autres femmes contre le mouvementt #metoo et qui défendait le “droit d’importuner” en est un exemple flagrant. Nous devons faire notre auto-critique et comprendre comment nous départir de ces normes que nous avons intégré et de quelle manière nous pouvons oeuvrer pour l’égalité pour toutes les femmes. C’est notre rôle. C’est notre devoir. C’est notre responsabilité d’agir pour une société plus juste afin que nos filles, nos petites filles et nos arrières petites filles n’aient jamais à dire “moi aussi”.

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« Noire n’est pas mon métier », ouvrage collectif initié par Aïssa Maïga.

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Le 16 mai 2018 sur les marches du Festival de Cannes, seize actrices noires dansent et chantent à tue-tête sur “Diamonds” de Rihanna sous le regard fier et bienveillant de la chanteuse Khadja Nin, membre du jury. Nadège Beausson-Diagne, Mata Gabin, Mïmouna Gueye, Eye Haïdara, Rachel Khan, Aïssa Maïga, Sara Martins, Sabine Pokora, Firmine Richard, Sonia Rolland, Magaajyia Silberfeld, Shirley Souagnon, Assa Sylla, Karidja Touré et France Zobda. Elles étaient toutes là. Belles et flamboyantes. Cette sororité était belle à voir. Cette image forte a marqué les esprits et a suscité l’intérêt même en dehors des frontières françaises. La présence de ces seize femmes noires à cet évènement était symbolique et politique. Elles étaient venues pour faire passer un message au monde du cinéma : Elles ont en marre d’être cantonnées à des rôles stéréotypées en raison de la couleur de peau. Elles veulent que seuls leurs talents d’actrices et de comédiennes soient reconnus. Elles veulent que les écrans de télévision et de cinéma et les scènes de théâtre reflètent la diversité de la société française. Lire la suite »

« Vous avez dit féministe? » de Ndèye Fatou Kane

 

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Ndèye Fatou Kane (que je surnommerais NFK pour la suite de l’article pour plus de facilité lol ) est une auteure et blogueuse sénégalaise dont j’ai découvert le travail en 2015. A travers son blog, « Ce que j’ai dans la tête », j’ai été séduite par sa plume, son amour de la littérature africaine ainsi que par son esprit critique. En effet, NFK a un style direct et ne mâche pas ses mots pour dénoncer les maux de la société sénégalaise et du continent, tout cela avec honnêteté et répartie. C’est pour cela que lorsque j’ai appris qu’elle sortait un essai sur le féminisme intitulé « Vous avez dit féministe ? », j’ai été très enthousiaste pour deux raisons. Lire la suite »

Témoignage de Betty Codjie sur le repassage des seins : « C’est tout à fait normal pour une fille d’avoir des seins alors l’en priver ou freiner le développement de ceux ci c’est un peu comme lui demander de renier sa nature. »

 

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Il y a quelques semaines, j’ai posté sur ma page Facebook une vidéo d’une jeune femme victime du repassage des seins. Le repassage des seins est une pratique qui consiste à utiliser des objets chauffés ou non pour masser , scarifier ou bander les seins des jeunes filles en vue de les empêcher de croître ou de les faire disparaître. Cette opération a pour but de faire disparaître la poitrine naissante des filles afin d’éviter qu’elles attirent le regard des hommes et ainsi éviter des grossesses précoces. Répandu principalement au Cameroun (où une femme sur dix en est victime) mais également dans d’autres pays africains tels que la Guinée-Bissau, le Tchad et en Guinée, le repassage des seins a de nombreuses conséquences physiques et psychologiques. En effet, de nombreux femmes ayant été victimes de cette pratique souffrent de mastodynites (douleurs mammaires), de kystes, d’infections, d’abcès et également de déformation mammaire qui entraîne une chute précoce des seins. Le cancer du sein pourrait également être une conséquence du repassage des seins car même le lien de causalité n’a pas pu être incontestablement établi, il a été constaté que de nombreuses victimes souffraient par la suite de la maladie.

Donc suite au partage de cette vidéo, j’ai reçu quelques commentaires dont un qui m’a particulièrement touché laissé par Betty Codjie, qui expliquait qu’elle avait vécu également cette expérience et que le traumatisme avait été profond. J’ai ensuite discuté avec elle en inbox et je lui ai proposé de témoigner sur mon blog pour partager son expérience pour sensibiliser sur cette pratique, ce qu’elle a accepté de faire.Lire la suite »

Interview de Dolores Bakèla, co-fondatrice de l’Afro et du Fraîches Women Festival : “La diversité, ce sont déjà les vies, les parcours d’afrodescendant.e.s en France, acceptons les nuances, montrons-les et célébrons-les, elles sont précieuses!”

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Il y a quelques mois, j’ai pu faire connaissance avec Dolores Bakèla pour la première fois lors d’un évènement à Paris. Je la connaissais déjà à travers son travail sur L’Afro, média qu’elle a cofondé avec Adiaratou Diarassouba en 2015 pour mettre en lumière les expériences des afrodescendant.e.s. Quelques semaines après, lorsque j’ai appris via les réseaux sociaux qu’elle co-organisait le Fraîches Women Festival, j’ai été très enthousiaste car ce type d’évènement participe à créer des espaces de parole, de discussions et d’échanges pour les femmes autour de thématiques importantes qui les concernent directement.

Pour cette raison, j’ai voulu interroger Dolores pour qu’elle nous parle d’une part de son parcours et du média qu’elle a cofondé et d’autre part de l’organisation du festival et de l’importance qu’il revêt dans le contexte actuel.Lire la suite »

Les femmes de Nder, résistantes sénégalaises à la traite négrière arabo-musulmane.

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En novembre 2017, le monde a découvert avec horreur et stupéfaction les images d’un marché d’esclaves noirs en Libye. Les conséquences d’une guerre, la déstabilisation d’un état et la responsabilité des nations occidentales dans ce chaos ont été invoqués comme arguments pou tenter de comprendre l’horreur de la situation.  Bien qu’on ne peut écarter ces éléments, on ne peut mettre de côté le facteur historique qui sous-tend cet évènement tragique. En effet, un marché d’esclaves dans cette partie du monde n’est pas un hasard. Durant treize siècles, les pays du Maghreb et de la péninsule arabique ont pratiqué la traite négrière faisant plus de dix-sept millions de victimes en Afrique subsaharienne. Lire la suite »

« Volcaniques. Une anthologie du plaisir » ouvrage collectif sous la direction de Léonora Miano

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Le sexe. Le plaisir féminin. La jouissance. Des thématiques qui restent généralement absentes dans la littérature africaine et afrodescendante francophone. Léonora Miano a remédié à cela en réunissant onze autres autrices du continent et des diasporas noires pour explorer la sexualité féminine selon leur perspective. Les douze nouvelles de Léonora Miano, Hemley Boum, Nafissatou Dia Doiuf, Marie Dô, Nathalie Etoke, Gilda Gonfier, Axelle Jah Njiké, Fabienne Kanor, Gaëm Octavia, Gisèle Pineau, Silex et Elizabeth Tchoungui narrent des expériences de femmes noires avec leur sexualité et permettent d’aborder des thèmes tels que l’érotisme, le plaisir solitaire, l’homosexualité féminine, la découverte de son corps et des ses parties intimes, la sensualité, les fantasmes, les premiers émois sexuels, la soumission,etc…Lire la suite »