Amplifier la voix des mouvements des jeunes féministes en Afrique de l’Ouest : Mon expérience et les enseignements de l’atelier.

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J’ai participé du 27 au 30 novembre 2018 à l’atelier sous- régional intitulé « Amplifier la voix des mouvements des jeunes féministes d’Afrique de l’Ouest » organisé par Equilibres et Populations (EquiPop) à Ouagadougou, au Burkina Faso. Créée en 1993 par des médecins et des journalistes, dans le contexte de la conférence internationale du Caire sur la population et le développement, EquiPop est une ONG qui œuvre pour l’amélioration du statut et des conditions de vie des femmes, à travers un meilleur respect de leurs droits, en particulier en matière de Santé Sexuelle et de la Procréation.

Suite à un appel à candidatures lancé au mois de septembre 2018 par EquiPop qui a recueilli plus de 150 réponses, 30 féministes (dont 3 hommes) originaires de 8 pays d’Afrique de l’Ouest francophone (Sénégal, Mali, Guinée, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso et Bénin) ont été séléctionnés.es pour participer à cet évènement. L’objectif de l’atelier était de renforcer les dynamiques militantes féministes en Afrique de l’Ouest, à travers une mise en réseau, un partage de connaissances et l’élaboration collective d’un projet commun sous- régional de mobilisation pour promouvoir les enjeux féministes identifiés dans le calendrier politique régional et international.

L’atelier se déroulait au Royal Hotel Beach, où nous étions également logés.es, de 9h à 17h. Après la session introductive et la présentation des participants.es, nous sommes dès le 1er jour rentrés.es dans le vif sujet, en énonçant les valeurs féministes fondamentales à nos yeux. Nous avons également travaillé en groupes de travail (environ 5/6 personnes) sur la Charte des Principes féministes élaborée au Ghana lors du Forum Féministe Africain qui s’est tenu du 15 au 19 novembre 2006 et qui réunissait plus de 100 féministes d’Afrique et de la diaspora. Cette charte contient les valeurs collectives, les changements souhaités dans la société, les responsabilités individuelles et collectives de chacune au sein du mouvement féministe. Suite à la lecture du document, chaque groupe devait dégager les points importants du paragraphe qui lui avait été assigné. Cet exercice était très intéressant car il nous a permis de découvrir cette charte que beaucoup d’entre nous connaissaient peu ou pas du tout et cela a suscité des débats et des discussions intéressantes. Si vous souhaitez lire la charte dans son entièreté, vous pouvez la trouver ICI.

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La 2ème journée de travail fut consacrée aux droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles en Afrique de l’Ouest. Toujours répartis.es en groupe de travail, nous avons abordé les thématiques suivantes : le droit au consentement éclairé et libre et choix, le droit à l’accès aux informations et aux services de qualité, le droit au respect des identités sexuelles/de genre et le droit à la sécurité. De manière itinérante, nous nous somme déplacés.es de table en table, chaque table correspondant à un thématique, pour débattre, échanger et réfléchir au sujet concerné. Cette activité permit de débattre et d’échanger sur ces questions mais également à chacun.e d’exposer la situation des femmes dans son pays au regard des droits énoncés ci-dessus. Des débats passionnés et passionnants en ont découlé et il a fallu à plusieurs reprises que les organisatrices nous rappellent à l’ordre pour que nous respections le timing tellement nous étions pris par des débats animés. Durant cette même journée, nous avons eu un exposé sur l’avortement donné par Celestin Compaoré, président de l’ONG SOS/Jeunesse et Défis au Burkina Faso. A l’aide d’un scénario intitulé « Pourquoi est-elle morte ? » qui narre l’histoire d’une jeune femme prénommée Angèle qui met fin à ses jours suite à son désir d’avorter qui ne se matérialisa pas à cause du refus du corps médical de faire suite à sa demande, nous avons pu mieux comprendre l’importance de la légalisation de l’avortement médicalisé dans de nombreux pays africains. Cette légalisation est, comme je l’expliquais ICI, une urgence morale et sanitaire au regard des conséquences physiques et psychologiques entraînés par un avortement clandestin, pratiqué dans des conditions sanitaires déplorables. De plus, nous avons discuté de l’importance de déconstruire les préjugés négatifs entourant l’avortement qui ostracisent, stigmatisent et surtout isolent les femmes souhaitant interrompre leur grossesse.

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Les 3ème et 4ème jours de l’atelier furent consacrés au lab d’incubation d’actions. Après avoir défini les jours précédents les valeurs féministes auxquels nous souscrivons et les priorités d’action à mettre en œuvre,  nous avons travaillé sur des projets d’actions féministes et de mobilisation sociale pour sensibiliser les dirigeants du G7 aux droits des femmes en Afrique de l’Ouest. Il faut savoir qu’en 2019, la France présidera le G7 qui se tiendra du 25 au 27 août de cette même année à Biarritz. A cette occasion, EquiPop souhaite que les problématiques des droits des femmes en Afrique de l’Ouest soient mises à l’agenda des dirigeants des sept puissances économiques mondiales. Pour ce faire, nous avons redéfini les axes prioritaires du combat féministe en Afrique de l’Ouest et nous avons conçu de manière collective des projets innovants, percutants et marquants qui permettront de mettre en lumière les causes que nous défendons. Ce plaidoyer en faveur des droits des femmes en Afrique de l’Ouest a été coconstruit par les 30 participants présents.es a l’atelier après des heures de débats, d’échanges et de discussions. Nous avons pu arriver à un consensus sur 4 points importants qui constituent le cœur de notre plaidoyer : le pouvoir de disposer librement de son corps, le pouvoir économique, le pouvoir politique et le pouvoir d’agir.

Au terme de cette expérience, voici les 4 enseignements importants qu’on peut dégager :

  • La construction d’alliances entre les féministes du continent africain et celles de la diaspora;

Ma vison afroféministe s’est toujours inscrite dans une double perspective, à savoir la lute contre les discriminations intracommunautaires et extracommunautaires subies par les femmes afrodescendantes. De ce fait, j’ai toujours beaucoup parlé sur mon blog (et également sur mes réseaux sociaux) des problématiques de genre sur le continent africain. En effet, je trouve que les oppressions intracommunautaires que nous subissons sont directement liées à la situation des femmes en Afrique subsaharienne. D’ailleurs, je répondais récemment à une interview lorsque mon interlocutrice m’ a fait remarquer que mon positionnement était assez  différent des autres blogueuses afroféministes car j’accordais une place très importante à l’Afrique dans mon travail. Je lui ai donc expliqué que selon moi, on ne pouvait pas envisager le combat afroféministe sans prendre en considération la situation des femmes en Afrique car la situation des femmes afrodescendantes en Occident est intrinsèquement liée à celle de leurs sœurs africaines. De plus, certaines problématiques sont similaires comme l’excision par exemple dont la pratique n’est pas circonscrite au continent africain. Bien au contraire, de nombreuses jeunes filles d’origine africaine résidant en Europe sont excisées chaque année. Je sais que c’est un sujet que de nombreux afrodescendants.es exècrent car ils/elles considèrent qu’aborder ce sujet ne fait que renforcer les clichés stigmatisants à l’encontre des Africains.es et que le combat contre l’excision fait partie d’une idéologie fémonationaliste. Bien qu’on ne peut nier que certaines féministes occidentale aient instrumentalisé (et le font toujours d’ailleurs) l’excision et d’autres discriminations de genre à l’égard des femmes africaines à des fins colonialistes et racistes, on ne peut s’abstenir de dénoncer cette pratique barbare qui déshumanise les femmes. En tant que femmes d’origine africaine, notre construction en tant que femmes est impactée et influencée par nos cultures d’origines. Le sexisme dans les communautés afrodescendantes sont justifiées la plupart du temps par le fait que cela s’inscrit dans des cultures africaines.

Au regard de ces éléments, on ne peut considérer que les luttes des femmes noires de la diaspora et celles du continent sont complètement différentes les unes des autres.  Bien sûr qu’il y a des différences qui s’expliquent pas le contexte géographique et culturel mais les points de convergence sont nombreux. Par conséquent, il est important de construire des alliances, des synergies entre les féministes du continent et celles de la diaspora compte tenu des luttes communes qu’elles partagent.

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  • Les hommes doivent être des alliés dans la lutte féministe;

Comme je l’ai indiqué plus haut, des hommes faisaient aussi partie des participants.es à l’atelier. Il était au nombre de 3. 3 hommes entourés de 27 femmes. L’image peut paraître cocasse mais elle ne l’était pas du tout. Pour être honnête, j’avoue avoir été surprise de voir la présence d’hommes sur la liste des participant.es avant mon départ pour Ouaga. Il ne s’agit pas de sectarisme de ma part qui consisterait à dire que les hommes n’auraient pas leur place dans des espaces consacrés à des discussions sur le féminisme. Bien que je sois favorable à la non-mixité occasionnelle car je pense que sur certains sujets, les femmes ont besoin de se retrouver rentre elles pour discuter de certains sujets, je pense que les hommes doivent prendre part aux débats sur les droits des femmes. Si j’ai étonnée de prime abord c’est que je n’ai jamais rencontré dans mon entourage direct des hommes qui avaient décidé de s’engager dans des causes relatives aux droits des femmes. En général, les hommes que je connais ont plutôt tendance à regarder de loin certains débats et à considérer que le féminisme est une « affaire de femmes » qui  ne les concernent guère.  Cependant, on peut remarquer deux types d’attitudes chez les hommes, d’un côté ceux qui se désintéressent des inégalités subies par les femmes et de l’autre ceux qui feignent de s’y intéresser en prodiguant des « conseils et « recommandations » emplis de paternalisme, reproduisant ainsi les rapports de dominations  hommes-femmes déjà prégnants dans la société. Bien heureusement à Ouaga nous étions en compagnie de 3 activistes féministes masculins qui étaient départis de tous ces travers et qui croyaient en l’absolue nécessité de leur engagement en faveur des droits des femmes. D’ailleurs, l’un d’entre eux m’a expliqué qu’il avait été raillé par des hommes à cause de son engagement féministe et sa propension à défendre les droits des femmes. Un autre racontait également qu’il avait été moqué  par certains hommes lorsqu’ils avaient su qu’il se rendait à l’atelier féministe et qui lui demandaient « tu vas faire quoi  là-bas même ? » A cela, il a répondu qu’en tant qu’homme il s’engageait en faveur des droits des femmes car il s’agissait également des droits humains et que la misogynie et la masculinité toxique ne peuvent être disparaître sans participation des hommes. Je suis tout à fait d’accord avec lui. Comme je le disais ICI, le féminisme n’est pas « une affaire de femmes ». C’est un combat qui concerne toute la société et chacun.e doit agir de manière active pour déconstruire les stéréotypes de genre et mettre fin au patriarcat. Les hommes font partie du problème mais également de la solution. Ils perpétuent de manière directe ou indirecte des normes patriarcales et des oppressions sexistes envers les femmes. Pour cette raison, les hommes sont également concernés par le combat féministe et doivent prendre leurs responsabilités dans la déconstruction du patriarcat.

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  • L’importance de la transmission intergénérationnelle ;

A Ouaga, nous étions 30 féministes de pays, d’horizons mais aussi d’âges différents. C’était une volonté d’EquiPop de réunir des féministes de diverses générations afin qu’une transmission puisse faire entre les plus jeunes et les plus anciennes. Ce fut une excellente idée car nous avons pu profiter de l’expérience de féministes plus âgées et plus aguerries qui ont su nous transmettre des clés importantes pour comprendre les modes d’action à mettre en place pour œuvrer pour le droit des femmes. Les féministes plus jeunes ont pu aussi faire part de leur vision nouvelle et faire découvrir aux plus anciennes les manières dont elles utilisent les nouveaux modes de communication notamment les réseaux sociaux pour sensibiliser aux questions de genre. J’ai trouvé cela enrichissant de s’inspirer de nos aînées pour envisager ensemble la manière dont on pouvait déconstruire les stéréotypes de genre qui entravent la liberté des femmes. La transmission intergénérationnelle est très importante dans la lutte féministe. En effet, il est important que les nouvelles générations de féministes s’inscrivent dans les pas de leurs prédecesseures, en reconnaissant le travail accompli et les privilèges dont nous jouissons grâce à elles. Ces aînées qui ont déblayé le chemin pour nous et qui ont acquis des droits au prix de luttes importantes et majeures. Pour cela, nous devons leur en être reconnaissantes. Néanmoins, nous devons mener nos actions et mener nos combats en accord avec nos réalités actuelles afin d’être au plus près des préoccupations des femmes d’aujourdhui. En outre, en tant que femmes africaines et afrodescendantes, nous devons aussi célébrer notre héritage. Nous sommes les héritières de lignées de femmes fortes, courageuses, résilientes et battantes. Nous sommes les héritières d’une histoire glorieuse dans laquelle les femmes ont mené en avant-garde des luttes majeures. Nous sommes les héritières d’un féminisme, qui ne se prénommait certes pas de cette manière, mais qui était intrinsèque à de nombreuses communautés africaines et afrodescendantes. Cet héritage, cette histoire et ce féminisme nous devons en être fières. Nous devons le célébrer et le porter haut et fort. Nous devons nous en inspirer pour mener nos combats et nos actions. Nous ne devons jamais perdre de vue d’où nous venons, qui nous sommes pour nous permettre de définir la marche à suivre.

Enfin, j’ajouterais qu’il est de notre devoir de ne pas reculer, de ne pas nous fourvoyer et de ne pas trahir l’héritage de nos aiëules. Comme je l’ai évoqué précédemment, nos aînées ont acquis des droits dont nous jouissons au prix de luttes et de sacrifices importants. Par conséquent, nous nous devons d’avancer, d’aller plus loin dans la conquête des droits, dans la remise en question de nos sociétés, de nos coutumes et de nos traditions qui oppressent les femmes. Nous ne pouvons pas régresser ou nous reposer sur nos lauriers au motif que c’était pire avant ou pas trop mal aujourd’hui. Notre responsabilité est de continuer le travail de nos aînées afin de pouvoir offre à nos filles un monde plus juste et plus égalitaire.

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  • Un féminisme africain ancré dans des réalités locales, traditionnelles et religieuses.

Les féministes ouest-africaines présentes à l’atelier ont affirmé l’importance pour elles d’avoir un féminisme adapté à leurs pays respectifs et qui prend en compte leurs réalités locales. J’ai trouvé ce message particulièrement fort et important. Tout d’abord, cela casse tous les préjugés insinuant que les féministes du continent ne seraient que des agentes à la solde de l’Occident et qui auraient pour projet d’opérer une colonisation culturelle sur le continent. Ensuite, cela démontre l’autodétermination des femmes africaines qui sont en mesure de choisir les voies qu’elles veulent emprunter pour leur émancipation et leur libération sans discours paternaliste et néocolonial. C’est un aspect très important du combat féministe que je défends depuis la création de ce blog et le début de mon engagement féministe : l’autodétermination des femmes africaines et afrodescendantes. En effet, je constate que l’Occident porte un regard misérabiliste et condescendant sur les femmes africaines, considérées comme des « victimes » de cultures « barbares » et « archaïques », dont « la fertilité galopante est la cause de tous les maux du continent » et qu’il faut « sauver » du patriarcat africain. Cette idée ne peut pas être plus éloignée de la réalité. Comme je l’ai écrit à de nombreuses reprises sur ce blog et expliqué dans les conférences que j’ai données, les femmes africaines et afrodescendantes ont toujours été à l’avant-garde des luttes anti-esclavagistes, anticolonialistes, sociales et politiques sur le continent  africain et dans les diasporas. Elles n’ont pas besoin d’être « sauvées » ou « infantilisées. Elles sont capables de saisir elles-mêmes les armes de leur émancipation et de leur libération. J’en ai eu la démonstration lors de l’atelier à Ouaga. J’y ai rencontré des femmes déterminées, fortes, résistantes et surtout résilientes. Des femmes sont conscientes des défis auxquels elles font face, des préjugés dont elles sont victimes à cause de leur combat féministe mais qui n’en sont que plus déterminées à poursuivre leur travail pour l’égalité des sexes.

Les féministes africaines que j’ai rencontrés ne cherchent donc  pas à s’inspirer ou à copier leurs congénères européennes. Bien au contraire. Elles mènent un combat féministe adapté aux réalités économiques, sociales, historiques, culturelles et religieuses de leurs pays. A ce propos, certaines ont expliqué le travail qu’elles mènent  avec les chefs religieux et traditionnels pour mettre fin aux pratiques discriminantes à l’égard des femmes. La relecture des textes scripturaires et une sensibilisation aux conséquences de pratiques telles que l’excision font partie des actions qui sont mises en œuvre dans ce sens. J’ai trouvé cette approche, qu’on pourrait qualifier de soft power,  très intéressante car quand on connaît le poids des religions et des traditions dans de nombreux pays africains, il peut être plus judicieux de passer par cette voie plutôt que d’aller une confrontation frontale qui peut s’avérer contre-productive.

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En conclusion, ce voyage fut très intéressant et très inspirant. En effet, j’ai rencontré des femmes et des hommes mus par un désir de justice et d’égalité des droits pour tous. Pour ce faire, ils/elles sont engagés dans diverses structures qui leur permettent de pouvoir agir concrètement et au quotidien dans la vie des femmes. Leur travail et leur engagement sans faille suscitent mon admiration et mon respect. Ils/Elles m’ont inspirés à continuer mon travail, surtout à m’investir davantage et utiliser toutes mes capacités et mes ressources pour agir en direction des femmes. Je suis revenue à Bruxelles enthousiaste, heureuse et surtout fière d’avoir pu assister à un tel évènement qui a rassemblé tant d’activistes et de militants d’horizons et d’origines différentes. Ces hommes et ces femmes sont la preuve que la jeunesse africaine n’a rien à envier à la jeunesse occidentale. Au-delà de cela, je dirais que nous avons beaucoup à apprendre de l’Afrique et que le regard misérabiliste que les Occidentaux et certains afrodescendants portent sur le continent n’est que le fruit de fantasmes et de préjugés.

De plus, je trouve qu’il est également important de placer l’Afrique au cœur de nos combats féministes dans la diaspora. Je constate que certaines afroféministes se sont nourries et inspirées du travail d’intellectuelles afro américaines telles que bell hooks, Angela Davis, Patricia Hill Collins, Alice Walker, etc…. Je respecte le travail de ces femmes car elles ont su à travers leurs travaux, articuler l’intersection race et genre. Les théories et le champ lexical qu’elles ont développé ont permis de pouvoir comprendre certaines réalités vécues par les afrodescendants en contexte occidental, ou en tout de mettre des mots dessus. Il est vrai que les réalités sociales, culturelles et historiques soient différentes aux Etats-Unis et en Europe, il y a  des similitudes au niveau des expériences des afrodescendants qui subissent le racisme donc s’inspirer des travaux des afroaméricaines peut être intéressant sur certains points. Cependant, je trouve que les féministes africaines peuvent être aussi une source d’inspiration pour les afroféministes. Les travaux de femmes  africaines telles que Awa Thiam, Fatou Sow, Amina Mama, Mariama Ba, Ama Ata Aidoo, Mina Salaami, etc…sont tout aussi valides, importants et pertinents. Comme je l’expliquais précédemment, nous avons des luttes communes avec les femmes du continent, des convergences et des intérêts similaires donc pourquoi ne pas considérer le féminisme africain  de la même manière que le féminisme noir étatsunien ? Selon moi, cela relève d’un complexe culturel qui  ne dit pas son nom. La pensée féministe africaine n’a pas la même visibilité, accessibilité ou le même prestige que le black feminism mais il n’en est pas moins important. Comme je l’ai déjà dit, nous avons beaucoup à apprendre de l’Afrique, ça vaut également pour lé féminisme48363078_311601809451422_1840110143048515584_n

J’ajouterais que ma vision afroféministe est panafricaine  car je considère que la liberté des femmes noires de la diaspora est conditionnée à la liberté des femmes africaines. Tant que le continent africain continuera d’être l’objet  de toutes les prédations économiques qui appauvrissent et tuent des millions de personnes, les afrodescendants ne pourront acquérir le respect et la liberté. Tant que certaines pratiques barbares et avilissantes à l’égard des femmes continueront de prospérer sur le continent, les femmes afrodescenantes de la diaspora en seront impactées. Pour ces raisons, j’ai toujours considéré qu’on ne pouvait parler d’afroféminisme et mener une lutte afroféministe en se focalisant uniquement sur les oppressions extracommunautaires, à savoir l’oppression raciste et sexiste dans le monde occidental. Les femmes noires en Occident subissent des oppressions sexistes également au sein de leurs communautés semblables à celles vécues par les femmes du continent. La condition des femmes en Afrique est donc élément primordial dans la lutte afroféministe.

Je terminerais en remerciant EquiPop et toutes les personnes que j’ai rencontrées durant cet atelier à Ouagadougou. Chacune d’entre elles à sa manière l’a appris énormément, m’a permis de conforter mes certitudes et de mesurer l’importance de mener le combat féministe. Elles m’ont inspiré à faire plus, à m’engager plus, à me questionner plus et à apprendre plus. J’ai pris conscience que nous avons tous.tes un rôle à jouer et une mission à accomplir dans ce monde et qu’on ne peut rester passif.ve face aux turpitudes, injustices et maux de la société. Chacun.e d’entre nous doit œuvrer, mettre une pierre à l’édifice pour rendre ce monde plus juste et plus égalitaire. C’est sans doute une goutte d’eau dans la mer mais je suis décidée à continuer d’agir à mon niveau pour la libération et l’émancipation  des femmes africaines et afrodescendantes.

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Je vous prpose pour conclure de visionner cette intervention durant l’atelier d’Oumou Salif Touré,  chargée de projet à l’Association des Jeunes pour la Citoyenneté Active et la Démocratie (AJCAD) et membre d’AfriYan.

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