Interview de Dolores Bakèla, co-fondatrice de l’Afro et du Fraîches Women Festival : “La diversité, ce sont déjà les vies, les parcours d’afrodescendant.e.s en France, acceptons les nuances, montrons-les et célébrons-les, elles sont précieuses!”

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Il y a quelques mois, j’ai pu faire connaissance avec Dolores Bakèla pour la première fois lors d’un évènement à Paris. Je la connaissais déjà à travers son travail sur L’Afro, média qu’elle a cofondé avec Adiaratou Diarassouba en 2015 pour mettre en lumière les expériences des afrodescendant.e.s. Quelques semaines après, lorsque j’ai appris via les réseaux sociaux qu’elle co-organisait le Fraîches Women Festival, j’ai été très enthousiaste car ce type d’évènement participe à créer des espaces de parole, de discussions et d’échanges pour les femmes autour de thématiques importantes qui les concernent directement.

Pour cette raison, j’ai voulu interroger Dolores pour qu’elle nous parle d’une part de son parcours et du média qu’elle a cofondé et d’autre part de l’organisation du festival et de l’importance qu’il revêt dans le contexte actuel.

1. Peux-tu te présenter en quelques mots? (nom, prénom, profession,…)  

Je suis Dolores Bakèla et je suis journaliste.

2. Tu es la co-fondatrice du média” L’Afro” qui se décrit comme « un site d’information sur l’expérience noire”. Peux-tu nous expliquer en quelques mots comment ta partenaire Adiaratou Diarassouba et toi avez eu l’idée de créer ce média?                                                                                                                     

On s’est rencontré avec l’envie commune de parler des afrodescendant.e.s autrement, différemment de ce qu’on lisait sur certains médias, différemment de ce qu’on a dû parfois faire dans de précédentes collaborations.

3. Quel est but de ce média?

Proposer un regard, le nôtre et celui des personnes qui nous suivent pour dire : “la diversité, ce sont déjà les vies, les parcours d’afrodescendant.e.s en France, acceptons les nuances, montrons-les et célébrons-les, elles sont précieuses!”

4. Quel est le retour que vous avez de votre lectorat?

On a la chance de pouvoir les rencontrer tous les deux mois, car on organise des événements sur le mode talk live party : on parle de vrais sujets, puis on (re)découvre un.e artiste afrodescendant.e de la scène musicale et enfin on fait toute.s la fête ensemble avec un DJ set. Les personnes qui nous lisent disent aimer que nous traitions de sujets aussi bien sociaux que culturels. La série autour des comédien.ne.s afrofrançais.e.s est très plébiscitée par exemple. Elles apprécient qu’on ait un traitement inclusif de bon nombre de questions, qu’on aborde doucement mais surement la vie des afrodescendant.e.s LGBT, qu’on parle aussi aussi régulièrement qu’on le peut d’autres personnes non blanches comme les Asiatiques en France. On a la chance d’être lu beaucoup en France hexagonale, aux Antilles, à La Réunion. Le deuxième lieu du monde où on est le plus lu, c’est aux Etats-Unis ! Du coup, on aussi des retours d’Américain.e.s. Parfois, quand iels passent à Paris, iels nous contactent pour visiter et se renseigner sur la vie à Paris des Afrodescendant.e.s. -puisqu’on y est basé- même si on essaye d’avoir un oeil sur toute la France. C’est génial que notre travail dépasse les frontières. On est aussi pas mal suivi en Afrique et ça c’est le must !

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5. Le 6 mai 2018, l’Afro organise le Fraîches Women Festival? Pourquoi organiser un tel festival?

Parce que, petit à petit,  au bout de deux ans d’événements, on s’est rendu compte qu’on invitait beaucoup des femmes dans nos événements. Le processus a été inconscient au départ et à un moment, on s’est dit “comment faire pour parler de ces questions qui sont en pointe en ce moment, la sororité, le féminisme, l’afroféminisme etc ? “ Fraîches Women est à l’origine un projet photo où on a réuni 9 femmes, toutes expertes dans leurs domaines respectifs, ou en voie de le devenir, en tout cas des pros, avec une beauté, un parcours, une histoire particulières. L’idée, ça a été de les réunir le temps d’un shooting de deux heures. Toutes ne se connaissaient pas, elles se sont rencontrées, ont échangé. De ce moment, on a eu le sentiment qu’une plateforme avait émergé, où il était possible de se parler, de discuter, avec d’autres personnes, de confronter ses points de vue, de débattre même quand on n’est pas d’accord, dans un cadre apaisé, où elles étaient mises en valeur pour ce qu’elles font ET ce qu’elles sont. On l’a aussi pensé parce qu’on s’est rendu compte que c’est finalement rare de réunir des femmes noires, sans qu’on pense à les mettre en opposition ou en compétition, ou alors les distinguer l’une par rapport à l’autre. On avait envie de montrer qu’elles sont toutes cools, belles, intéressantes, juste différentes. On a tellement kiffé le moment qu’on a voulu élargir la plateforme à plus de monde et on a décidé d’organiser le festival. L’état d’esprit du shooting additionné à la vibe des événements qu’on organise depuis deux ans, ça donne Fraiches Women.

6. Quelles activités seront proposées ? Qui sont les invitées/intervenantes?

Il y aura des ateliers, des discussions, un espace enfants, des stands et quelques surprises. Toutes des expertes dans leur domaine. La programmation est longue, on la révèle ce mardi à 13h. ( La programmation est désormais disponible sur le site ainsi que sur la page Facebook, NDLR)

7. Es-tu féministe ou afroféministe?

Je ne me labellise pas car pour reprendre Roxane Gay, il y a sans doute beaucoup de choses que je fais dans ma vie qui ne cadrent peut-être pas avec le fait de se dire afroféministe ou féministe. Mais en vrai est-il possible d’être une femme sans être féministe ? Et en tant que femme noire, afroféministe ? Si non, alors je le suis plutôt deux fois qu’une ! Plutôt que de me labelliser, j’essaie de faire ; le festival est une petite pierre à cet édifice commun. En tant que journaliste, je suis avec beaucoup d’attention les militantes, en tant que personne, les théories, les luttes, les échanges qui en découlent m’ont permis de mettre des mots parfois très savants sur des réalités complexes et parfois douloureuses de ma vie de femme noire en France.

8. Tu es une jeune femme noire travaillant dans les médias. As tu fait face à des difficultés particulières?

Pas tellement. Ce métier est difficile en soi et comme tout le monde, j’ai dû m’autocensurer parfois, ou j’ai eu les oreilles qui chauffent à entendre des conversations qui portaient sur des sujets qui m’intéresse. Depuis qu’il y a la plateforme, j’ai moins de frustration à ce niveau-là.

9. Que dirais-tu à une lectrice du blog pour la convaincre de venir au Fraîches Women Festival?

Ou à un lecteur! 🙂 Le festival est ouvert à tout le monde ! Oui, les enjeux de la vie des femmes concernent tout le monde et encore plus ceux, un poil plus spécifiques et plus compliqués à faire entendre dans la société, concernant ceux des femmes non-blanches. Je dirai que ce sera le printemps, qu’il va faire bon, qu’on sera ensemble, que c’est possible de venir en famille, en couple, avec ses enfants, ses petits neveux, ses petites nièces -c’est gratuit pour les moins de 16 ans, seul.e, avec des potes. Que ce sera l’une des rares occasions de parler avec des personnes engagées, militantes -ou pas- qui ne pensent peut-être pas comme nous, des expertes sur les questions de sexualité, de travail, de connaître des initiatives qui peuvent inspirer, bref d’être dans l’échange et le débat hors des réseaux sociaux. L’essayer -prendre ses billets-, c’est l’adopter.

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Je remercie Dolores d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Si ce festival vous intéresse, Adiaratou et Dolorès ont besoin de vous pour le financement de l’évènement. Pour cela, elles ont lancé une campagne de crowfunding sur la plateforme helloasso afin de réunir les fonds nécessaires afin de faire de ce Fraîches Women Festival, un évènement inoubliable. 

Pour plus d’infos, je vous invite à visiter la page Facebook  ou le site de l’Afro

Pour terminer, je tiens à féliciter Adiaratou et Dolorès pour cette belle initiative qui permet de rendre audibles et visibles les voix et les trajectoires de femmes qui sont généralement invibilisées et inaudibles dans notre société. Je leur souhaite énormément de succès dans la suite de cette belle aventure.

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2 réflexions sur “Interview de Dolores Bakèla, co-fondatrice de l’Afro et du Fraîches Women Festival : “La diversité, ce sont déjà les vies, les parcours d’afrodescendant.e.s en France, acceptons les nuances, montrons-les et célébrons-les, elles sont précieuses!”

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