Littérature: « Oreo »de Fran Ross

9782264067432

Après plusieurs mois d’absence, je suis enfin de retour sur le blog!

A cette occasion, j’ai  choisi de vous une chronique d’un roman que j’ai découvert il y a peu: Oreo de Fran Ross. Oreo est le premier et l’unique roman de Fran Ross. Publié en 1974, il ne connut pas un grand succès à sa sortie et passa complètement inaperçu. Plus de 40 ans après sa première publication, les éditions 10-18 ont décidé de donner un second souffle à ce roman et de le faire découvrir à un nouveau public.

Le livre raconte l’histoire de Christine, surnommée Oreo (en référence aux biscuits noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur), issue de l’union entre une pianiste noire et un acteur juif et qui décide de partir à 17 ans à New-York à la recherche de son père afin de découvrir le secret de sa naissance. Cette quête ne se fera pas sans embûches, Oreo vivra des aventures hors du commun et croisera sur sa route des personnages aussi loufoques que déjantés.

Dès les premières pages, Oreo se distingue des ouvrages “classiques” que j’ai pour habitude de lire par son style satirique et humoristique. En effet, le livre met en scène des protagonistes aussi excentriques que comiques (une immigrée juive faisant appel à un consultant vaudou, un couple de nains faisant commerce de sifflets pour chiens, un ingénieur du son muet, ect…) qui apportent une saveur toute particulière au parcours de l’héroïne.

En outre, Oreo se caractérise par une diversité linguistique qui peut être déconcertante à certains moments. Le récit est jalonné de termes issus de langues vernaculaires telles que le yiddish(langue parlée par les Juifs d’Europe centrale et orientale) et l’argot afro-américain. D’ailleurs, le livre offre un lexique en annexe des mots en yiddish afin de permettre au lecteur d’avoir une traduction des mots utilisés. Pour ma part, cela a rendu la lecture assez fastidieuse car il a fallu je m’interrompe à de nombreuses reprises afin de pouvoir comprendre les mots employés, avec pour conséquence de me faire perdre le fil de la narration. Une traduction des termes indiquée en note de bas de page aurait été plus judicieuse à mon goût.

Cette diversité met en exergue le caractère hybride du livre et de l’héroïne en particulier, qui navigue entre deux identités et deux cultures tout au long du récit. En effet, Oreo s’exprime avec aisance dans les deux langues et ne semble pas souffrir d’un trouble identitaire dû à sa double origine.

Bien que l’ouvrage ne traite pas directement de la question raciale, on observe que celle-ci occupe néanmoins une place dans l’ouvrage. Dans la première partie du livre, l’auteur fait référence à une échelle des couleurs de peau qui débute avec le numéro 1 qui est attribuée à la couleur “blanche” et qui s’achève avec le numéro 10 qui désigne la couleur “noire”, en passant par le numéro 5 qui correspond à la couleur “café au lait”. Cette échelle est une référence explicite au colorisme, distinction dans un groupe communautaire basée sur la carnation de la peau, qui  sévit notamment dans les communautés afrodescendantes en Amérique et dans les Caraïbes. Les personnages de la famille noire d’Oreo sont décrits en fonction de cette échelle de couleurs qui démontre la hiérarchisation qu’opère le colorisme aux États-Unis entre les membres de la communauté noire.

Par ailleurs, Oreo est également d’une certaine manière un ouvrage féministe. L’héroïne fait preuve d’opiniâtreté et de détermination face aux personnages masculins. En aucune manière, elle ne se laisse enfermer dans sa condition de femme noire, elle n’hésite pas à de nombreuses reprises à défier et affronter avec courage ses interlocuteurs masculins lorsque cela est nécessaire. Pour preuve, lors de son périple à New-York,  elle finira par en découdre avec un proxénète, révoltée du traitement indigne qu’il afflige à ses prostituées. Par cette attitude, et bien d’autres encore, elle démontre une force de caractère et un volonté de s’extraire de la posture de soumission à laquelle sa condition de femme noire la circonscrit de fait.

Il m’aura fallu du temps pour m’immerger dans le récit et les nombreuses digressions m’ont fait perdre plusieurs fois le fil de la narration. Le style singulier du livre fut déconcertant à de nombreux égards et les nombreuses références linguistiques ou mythologiques, qui nécessitent des connaissances ultérieures ou le recours aux annexes en fin du livre afin de pouvoir avoir connaissance des explications ou traductions, n’a fait qu’alourdir le rythme de ma lecture et complexifier la compréhension de certains passages.

En dépit de ses aspects, Oreo est un roman qu’on pourrait qualifier d’ “ovni” et qui mérite d’être connu tant en raison de son style satirique et son univers humoristique et loufoque, qu’en raison du fait qu’il lève le voile sur une Amérique hybride qui s’assume sans complexe et qui est d’une certaine manière représentative de la société moderne. Dans cette perspective, Oreo est un roman universel qui peut faire écho aux trajectoires de chacun (e) d’entre nous car il aborde des thématiques telles la quête de ses origines, l’identité hybride et l’affirmation de soi qui résonnent en nous d’une certaine manière.

Oreo par Fran Ross, Editions 10-18, 2014, 334 pages, 7,80€.

 

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